L’intelligence artificielle s’installe progressivement dans les usages professionnels. Elle facilite la recherche d’informations, la rédaction de contenus et l’analyse de documents. Elle peut aussi automatiser certaines tâches du quotidien.
Cependant, son adoption soulève une question essentielle : comment profiter des possibilités offertes par l’IA sans perdre la maîtrise de ses données, de ses outils et de son environnement numérique ?
Cette question concerne particulièrement les notaires, experts-comptables, commissaires de justice et commissaires aux comptes. Ces professionnels traitent chaque jour des informations confidentielles, juridiques, financières ou patrimoniales.
Dans ce contexte, la cybersécurité devient un élément central de la souveraineté numérique appliquée à l’IA.
La souveraineté de l’IA commence par la maîtrise des données
Une intelligence artificielle traite les données auxquelles elle accède et les informations que ses utilisateurs lui transmettent.
Une simple requête peut contenir le nom d’un client ou des éléments liés à un dossier. Par exemple, elle peut inclure une situation patrimoniale, un document contractuel ou une information interne.
Dans un outil non maîtrisé, l’organisation ne connaît pas toujours les conditions exactes de traitement de ces informations. Elle doit donc s’interroger sur leur conservation, leur utilisation et les services qui peuvent y accéder.
Le sujet ne se limite pas au lieu d’hébergement. Il porte aussi sur les conditions d’utilisation des données, les accès autorisés et les garanties proposées par le fournisseur. En effet, ces éléments déterminent le niveau de maîtrise réel de l’outil.
La CNIL rappelle que le RGPD peut s’appliquer aux modèles d’IA utilisant des données personnelles. Ces données doivent rester protégées dans les bases d’entraînement, les modèles et les requêtes adressées aux outils.
Pour une profession réglementée, utiliser l’IA de manière souveraine commence donc par trois questions :
- Quelles données peut-on utiliser ?
- Dans quels outils peut-on les saisir ?
- Quelles règles doit-on respecter ?
Des usages métiers qui exigent une vigilance particulière
L’IA peut apporter une aide précieuse dans de nombreuses tâches. Cependant, tous les usages ne présentent pas le même niveau de risque.
Reformuler un texte générique n’a pas les mêmes conséquences que transmettre un acte ou une pièce comptable. Le niveau de risque augmente aussi lorsqu’un utilisateur partage un dossier client ou un document interne.
Les professionnels doivent notamment rester attentifs aux situations suivantes :
- la saisie de données personnelles ou confidentielles dans un outil non approuvé ;
- le dépôt de documents contenant des informations clients ;
- l’utilisation d’une plateforme dont les règles de conservation restent peu claires ;
- la connexion d’un outil d’IA à plusieurs applications internes ;
- l’utilisation d’une réponse générée sans vérification humaine.
La vigilance devient encore plus importante avec les IA capables d’accéder à plusieurs services. Ces systèmes peuvent traiter des volumes importants de données et agir sur l’environnement de l’utilisateur.
Dans une note publiée le 20 juillet 2026, la CNIL alerte sur les enjeux de l’IA agentique. Elle souligne notamment la circulation des données entre plusieurs services et le risque de perte de maîtrise pour l’utilisateur.
Avant d’utiliser une solution, l’organisation doit donc connaître son fonctionnement et ses conditions d’utilisation. Elle doit également définir les usages autorisés selon la sensibilité des informations traitées.
L’intelligence artificielle transforme les cybermenaces
L’intelligence artificielle ne constitue pas seulement un nouvel outil à protéger. Son développement transforme aussi les méthodes employées par les cybercriminels.
Ces technologies peuvent faciliter la création de messages frauduleux plus crédibles. Elles permettent aussi de personnaliser des tentatives de phishing ou de produire de faux contenus difficiles à identifier.
Pour une étude ou un cabinet, une attaque peut reprendre le nom d’un client ou une information connue. Elle peut aussi imiter le style d’un collaborateur et faire référence à une opération réelle.
Le message paraît alors cohérent avec l’activité. Pourtant, il cherche à obtenir un document, un accès, un paiement ou une information confidentielle.
L’ANSSI distingue trois grands enjeux entre IA et cybersécurité :
- la cybersécurité de l’IA, qui vise à protéger les systèmes d’intelligence artificielle ;
- la cybersécurité par l’IA, qui utilise ces technologies pour renforcer les dispositifs de sécurité ;
- la cybersécurité face à l’IA, qui répond aux nouvelles possibilités offertes aux attaquants.
L’Agence indique que l’IA peut favoriser l’automatisation, la personnalisation et l’évolution des attaques. Ces capacités rendent la mise en œuvre d’une cybersécurité efficace plus complexe.
Pour approfondir les risques liés aux contenus trompeurs et à l’exploitation des données, consultez notre article sur les risques cyber liés à l’IA générative.
Garder la maîtrise de ses outils numériques
Adopter une solution d’intelligence artificielle engage l’organisation au-delà de son utilisation immédiate.
Avant de choisir un outil, il convient d’identifier son fournisseur et les services auxquels il se connecte. L’organisation doit également comprendre les conditions dans lesquelles l’outil traite les données.
Ainsi, cette visibilité permet de mesurer les dépendances créées par la solution. Elle aide également à vérifier sa compatibilité avec les exigences de sécurité, de confidentialité et de conformité du professionnel.
Une dépendance trop forte peut créer des difficultés lorsque les conditions d’utilisation évoluent. Le même risque apparaît lorsque le service devient indisponible ou ne répond plus aux besoins du métier.
La souveraineté numérique ne signifie pas nécessairement tout développer en interne. Elle consiste plutôt à conserver une capacité de choix, de contrôle et de décision sur les technologies utilisées.
La feuille de route 2026-2027 de l’INESIA place la sécurité et la confiance au cœur des enjeux de souveraineté. Elle prévoit notamment le développement d’une capacité française d’évaluation des systèmes d’IA avancés.
Encadrer les usages sans freiner l’innovation
La sécurité de l’IA ne peut pas reposer uniquement sur la vigilance de chaque collaborateur. Les professionnels ont besoin de règles simples et adaptées à la réalité de leur métier.
La première étape consiste à identifier les usages déjà présents dans l’organisation. Certains collaborateurs utilisent parfois l’IA pour rédiger, résumer ou analyser des contenus sans cadre clairement défini.
L’organisation doit donc préciser :
- les outils dont elle autorise l’utilisation ;
- les données que les collaborateurs ne doivent jamais saisir ;
- les documents qu’ils peuvent ou non transmettre ;
- les vérifications à effectuer sur les réponses générées ;
- les personnes à contacter en cas de doute ou d’incident.
Une charte d’usage de l’IA permet de formaliser ces règles. Elle doit toutefois rester claire, concrète et facile à appliquer.
La sensibilisation des équipes complète ce dispositif. Des exemples liés au métier permettent aux collaborateurs de mieux identifier les situations à risque.
L’objectif n’est pas d’interdire l’intelligence artificielle. Il s’agit de permettre son utilisation dans un cadre maîtrisé, sécurisé et compatible avec les responsabilités du professionnel.
L’ANSSI recommande d’adopter une approche par les risques pour favoriser l’usage de systèmes d’IA de confiance. Cette approche doit tenir compte des opportunités, des risques et de l’évolution de la menace cyber.
La cybersécurité, socle d’une IA de confiance
Une IA souveraine ne peut pas fonctionner durablement dans un environnement numérique insuffisamment protégé.
L’organisation doit sécuriser ses postes de travail, ses serveurs, ses accès et ses mots de passe. Elle doit également protéger les échanges de documents et surveiller les comportements suspects.
Un compte compromis peut donner accès à des informations confidentielles. De la même façon, un poste infecté peut fragiliser toute la chaîne numérique.
Une démarche cohérente doit permettre :
- d’évaluer les risques et les vulnérabilités ;
- de former les équipes aux nouvelles menaces ;
- de protéger les équipements, les accès et les échanges ;
- de détecter les comportements suspects ;
- de réagir rapidement en cas d’incident.
Concrètement, cette approche rejoint celle de CYBER 360°. La solution accompagne les professions réglementées dans la protection de leur environnement numérique.
Elle associe l’audit du système d’information, la sensibilisation des équipes et la protection des postes et des serveurs. Elle intègre également la surveillance des menaces et l’accompagnement en cas d’incident.
L’offre comprend aussi la sécurisation des transferts sensibles et la protection des accès avec un gestionnaire de mots de passe souverain.
Faire de la souveraineté un choix concret
L’intelligence artificielle peut devenir un véritable levier d’efficacité pour les professions réglementées. Son adoption ne doit toutefois pas fragiliser la confidentialité, la sécurité ou la maîtrise des données.
La souveraineté appliquée à l’IA repose sur des décisions concrètes. Il faut choisir des outils approuvés, définir les usages autorisés et contrôler les accès.
Les équipes doivent également limiter les informations transmises et vérifier les contenus générés. Enfin, l’organisation doit préparer sa réponse aux incidents.
Il ne s’agit pas d’opposer innovation et protection. Au contraire, la cybersécurité crée les conditions nécessaires à une utilisation durable et responsable de l’intelligence artificielle.
Pour les professionnels dont l’activité repose sur la confidentialité et la confiance, cette maîtrise devient essentielle. Elle permet d’intégrer l’IA sans fragiliser le métier ni la relation avec les clients.